En 2025, la traite des êtres humains constituait une priorité pour l'Inspection du travail. Les inspecteurs ont été particulièrement attentifs à certains signes, tels que la sous-rémunération extrême, les longues heures de travail, la contrainte et les mauvaises conditions de logement. Compte tenu de l'ampleur croissante du problème et de la vulnérabilité des victimes, une approche rapide et proactive est cruciale. C'est pourquoi l'accent est mis sur la formation et le soutien des inspecteurs, afin que les signaux soient détectés à temps et que les victimes puissent être mieux protégées.
Steven Jeanty: La traite des êtres humains est un délit de droit commun défini dans le Code pénal. Et en ce qui concerne plus particulièrement notre domaine d'activité, celui auquel nous sommes confrontés en tant qu'inspecteurs du travail, il s'agit de situations dans lesquelles des personnes, des travailleurs, sont employés dans des conditions contraires à la dignité humaine. L'ampleur du problème ne cesse de croître. On constate ainsi, par exemple, qu'en 2020, le nombre d'inscriptions a tout simplement doublé par rapport à 2025. De même, le nombre de personnes qui ont bénéficié d'un accompagnement a plus que doublé. Les signalements dont je parle ne concernent pas uniquement l'exploitation économique, dont le CLS est responsable. Mais il peut y avoir plusieurs raisons à cela. L'une de ces raisons pourrait être que nous y prêtons davantage attention, que nous en tenons davantage compte sur le terrain lorsque nous menons des enquêtes en tant qu'inspecteurs du travail. Il se peut aussi que les habitants du quartier, ou les gens en général, trouvent plus facilement le chemin vers notre service. Parce qu'ils se familiarisent avec ce que nous faisons. Il est également possible qu'il y ait tout simplement une augmentation du nombre de victimes ou du nombre d'auteurs, d'employeurs. Pour qu'il y ait traite des êtres humains, les conditions de rémunération et de travail doivent être gravement violées, ou bien une ou plusieurs de ces conditions doivent l'être. À cela s'ajoutent d'autres éléments qui font que les circonstances sont contraires à la dignité humaine. Lors d'un contrôle, nous nous concentrons en premier lieu sur toutes les personnes que nous trouvons en train de travailler sur le site où nous effectuons le contrôle. Ensuite, nous allons examiner les conditions de vie des personnes qui sont recrutées pour travailler. Il s'agit donc de leurs conditions de travail. Mais nous allons plus loin. Nous examinons également comment se portent ces personnes en général. Sont-elles bien prises en charge ? Sont-elles protégées ? Doivent-elles travailler soixante heures par semaine pour un salaire de 5 € de l'heure ? Cela devrait déjà nous alerter. Les critères à cet égard sont une sous-rémunération grave, l'obligation d'effectuer un nombre excessif d'heures de travail, le recours à la contrainte, aux menaces psychologiques et/ou physiques. Les conditions de vie sont également très importantes. Souvent, ces personnes sont logées dans des conditions très précaires, qui ne répondent absolument pas aux normes applicables. Leur dignité humaine s'en trouve donc atteinte. Un jour, j'ai effectué un contrôle dans un café de village. Nous avons trouvé quelqu’un dans la cave du café. Il s’agissait en fait d’un vide sanitaire, c’est-à-dire d’un espace dont la hauteur ne dépasse pas celle des hanches. Cette personne devait y vivre dans des conditions tout à fait misérables. Elle n’avait pas accès à des sanitaires. À 8 heures, cet homme était réveillé pour qu'il aille travailler sur un chantier. Ils le ramenaient ensuite chez lui, au café, vers 17 heures. Là, il commençait parfois son service de nuit pour nettoyer le café. Et puis, alors qu'il se glissait dans son lit, la pièce était fermée à clé, l'empêchant ainsi de s’en aller. Cette personne n'avait pas la possibilité de se rafraîchir, de se laver ou de se brosser les dents tous les jours. C'était donc une situation vraiment déplorable. La difficulté à laquelle nous sommes confrontés, c'est que nous devons réagir très rapidement. Que nous devions toujours rester très vigilants lors de nos contrôles, de nos entretiens et de nos discussions informelles avec les gens. Nous devons savoir reconnaître très clairement tous les signaux et nous ne devons pas laisser passer trop de temps. Car le problème avec une victime de «traite des êtres humains», c'est que si on ne la repère pas immédiatement, et qu'on ne la sort pas immédiatement de cette situation il y a généralement un employeur derrière qui exerce une pression très forte. Ce qui fait que ces signaux, ces preuves, disparaissent très vite. Nous veillons à ce que cela reste toujours au centre de nos préoccupations sur le terrain. Nous informons nos collègues des indicateurs précis de la traite des êtres humains. Nous organisons des formations à ce sujet, nous informons nos collègues. Et nous veillons également à les accompagner lors des auditions d'employeurs, lors des auditions de victimes potentielles ou lors des enquêtes de grande envergure qui doivent être menées. Nous y consacrons donc vraiment beaucoup de ressources, afin que ces connaissances soient diffusées le plus largement possible parmi nos collègues. Pour qu'en fait, plus personne ne puisse passer entre les mailles du filet.